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Beyond the Speed of Spirit | 12/18/2017

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L'ADN : de l'insondable complexité du vivant à l'insignifiance marketing - Beyond the Speed of Spirit

L’ADN : de l’insondable complexité du vivant à l’insignifiance marketing
Dr Vaness

L’ADN, détenteur du patrimoine génétique propre à chaque individu, n’est plus réservé à une élite scientifique et sort de son sérail. Mais pour aller jusqu’où?

L’ADN ou Acide DésoxyriboNucléique est une molécule dont la structure a été élucidée par James Watson et Francis Crick en 1953, découverte pour laquelle ils ont obtenu le Prix Nobel de Médecine en 1962. Localisé dans le noyau de nos cellules, l’ADN est le support de l’information génétique à l’origine de l’hérédité et constitue le patrimoine génétique d’un individu. Cette molécule est constituée de 2 brins complémentaires et antiparallèles formant une double hélice (sorte d’escalier en spirale). Un brin d’ADN est constitué d’une succession de nucléotides composés d’une base azotée, d’un sucre et d’un phosphate. Les bases azotées sont au nombre de 4 (Adénine (A), Thymine (T), Cytosine (C), Guanine (G)), dont la combinaison forme une séquence c’est-à-dire un message codé détenteur de l’information génétique. Le corps d’un individu est composé de 60 000 à 100 000 milliards de cellules. Chacune d’entre elles possède le même ADN c’est-à-dire le même matériel génétique, à quelques exceptions près comme les globules rouges et les plaquettes qui n’ont pas de noyau ou les cellules sexuelles (ovocytes et spermatozoïdes, appelés encore gamètes) qui en possèdent la moitié .

La détermination de cette structure, qui a révolutionné l’Histoire du Vivant, a eu et a toujours, un impact considérable sur nos vies, à un point très certainement inimaginable pour ces deux chercheurs respectivement âgés de 25 et de 37 ans au moment de la publication de leur article dans la prestigieuse revue Nature. L’ADN, avec ses 2 milliardièmes de mètre de diamètre, a permis de comprendre les mécanismes moléculaires de l’expression génétique, qui se déroulent dans une cellule. Depuis, cette molécule mystérieuse attise la curiosité de la communauté scientifique qui n’a de cesse de l’observer, de la décortiquer et de la malmener parfois pour percer ses secrets.


« Il aura fallu environ 3 milliards de dollars et près de 10 ans pour séquencer le génome humain, il ne faut plus que quelques heures et quelques centaines de dollars 10 ans après, grâce au développement de séquenceurs à haut débit. »

 

Les avancées dans le décryptage de l’ADN ont été considérables et beaucoup plus rapides que prévu grâce à l’évolution permanente des nouvelles technologies. Tout d’abord en 1977, Frederick Sanger invente une méthode de séquençage de l’ADN (Prix Nobel de Chimie en 1980), qui devient automatisée dans les années 80 : les premiers séquenceurs font leur apparition. Puis en 1983, Kary Mullis met au point la PCR (Polymerase Chain Reaction) technique d’amplification de fragments choisis d’ADN, qui a révolutionné la biologie moléculaire. Il a obtenu le Prix Nobel de Chimie en 1993 pour cette découverte. Réservée dans un premier temps aux laboratoires de recherche, elle est utilisée en routine dans les laboratoires d’analyse médicale puisqu’elle est devenue un outil de diagnostic puissant pour les maladies génétiques et pour le cancer.

Alors que certains experts prédisaient qu’il faudrait plusieurs siècles pour déchiffrer l’ADN, dans les années 90, des centres de recherche s’unissent au sein du Projet Génome Humain, pour séquencer l’ADN humain et identifient une trentaine de gènes. En 2003, la séquence de l’intégralité du génome humain composé de 3,2 milliards paires de bases azotées, est publié ouvrant des perspectives prometteuses dans le traitement de nombreuses maladies génétiques. Il aura fallu environ 3 milliards de dollars et près de 10 ans pour séquencer le génome humain, il ne faut plus que quelques heures et quelques centaines de dollars 10 ans après, grâce au développement de séquenceurs (qui associent la technique de PCR) à haut débit de nouvelle génération. Cette baisse continue du coût et du temps, va permettre dans quelques années, une démocratisation du sequençage du génome d’un individu, qui associée à la mise en évidence des anomalies moléculaires d’une tumeur permettront aux malades d’avoir un traitement à la carte. Ce qui était autrefois, inimaginable pour des raisons économique et technologique va devenir accessible à tous. A l’heure actuelle, il est déjà possible à chacun de commander un test de paternité par internet à un tarif très abordable.

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L’ADN au service de l’Enquête judiciaire

Ces outils d’analyse de l’ADN ne sont plus réservés à la communauté scientifique et médicale. L’ADN est sorti petit-à-petit des laboratoires, pour occuper des domaines tels que l’Anthropologie ou la Médecine Légale, grâce à la mise en évidence dans le génome de courtes séquences d’ADN dîtes répétitives (appelées microsatellites ou STR pour Short Tandem Repeat). Ces séquences spécifiques à chaque individu et de transmission héréditaire définissent une empreinte génétique et sont utilisées comme des marqueurs. L’ADN a ainsi, progressivement investi les commissariats de police et les tribunaux pour élucider des affaires criminelles obligeant les enquêteurs et les magistrats à repenser leur méthode de travail. En plus des empreintes digitales, des portraits-robots, l’identification des suspects par leur ADN recueilli à partir de sang, de salive, de bulbes de cheveux, de sperme, de résidus de peau ou d’os, est devenue incontournable. L’exploitation de l’ADN dans l’enquête judiciaire permet d’inculper des suspects mais aussi d’innocenter des détenus et d’obtenir leur libération après des années d’emprisonnement. En 2000, la série américaine « Les Experts » fait son apparition sur nos petits écrans et fait entrer l’ADN dans notre salon. Ces policiers résolvent les affaires à la vitesse grand V en confondant les suspects par leur ADN retrouvé sur les scènes de crime avec une aisance et une rapidité dans le rendu des résultats qui laissent songeur… Le succès de cette série est tel qu’il a fait des émules, l’ADN devient alors, le personnage principal de nombreuses séries partout sur la planète ! La banalisation de l’ADN est en marche.

« En 2000,  « Les Experts » font entrer l’ADN dans notre salon en confondant les suspects par leur ADN retrouvé sur les scènes de crime avec une aisance et une rapidité dans le rendu des résultats qui laissent songeur »

Mais l’ADN ne s’arrête pas là ! Tirer profit au maximum du corps d’un individu est devenu un réel défi. Bientôt un portrait-robot génétique va pouvoir être créé grâce aux gènes d’un individu. Aujourd’hui, il est possible de déterminer la couleur des yeux, des cheveux, de la peau, demain la corpulence ou des particularités physiques (oreilles décolées par exemple). Ce qui nous semblait être du domaine de la Science-Fiction il y a quelques années, devient réalité.

L’ADN est une preuve irréfutable devenue un élément de référence cité dans les journaux télévisés et dans la presse écrite du monde entier. Star des magazines de faits divers, cette molécule, maintenant connue par le plus grand nombre, devient à la mode et se déshumanise.

Fort de son succès dans la résolution des affaires criminelles, l’ADN va sur le terrain et devient une arme biologique contre le crime avec le pistolet à ADN développé par une société de sécurité britannique. Cette arme non létale conçue pour tirer des billes d’ADN synthétique (donc non-humain dont la séquence est connue), permettrait l’identification des suspects « marqués ». Au contact de l’individu, les billes éclatent et laissent une empreinte biologique pendant plusieurs semaines sur la peau ou les vêtements. Le suspect présumé aura alors deux ADN : le sien qui lui est propre et celui qui lui a été infligé. L’ADN synthétique dont les possibilités de combinaisons de séquence sont infinies est également utilisé dans la traçabilité de produits pour lutter contre les fraudes et la contrefaçon.

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Une marque possède t’elle un ADN ?

Autre exemple de cette deshumanisation par le succès, l’ADN utilisé comme terme Marketing ! Nous sommes bien loin de cette molécule découverte il y a 60 ans, renfermant des trésors d’ingéniosité et invisible à l’œil nu. Mais une marque, n’étant pas un être-vivant, comment peut-elle avoir un ADN ? Les grandes marques, qui ont su s’imposer comme des symboles historiques et durables, possèderaient un génome constitué d’une empreinte génétique, d’un ADN (Authentique Différence Naturelle) et d’un concept génétique. L’ADN de marque s’inspire des propriétés « héréditaires » de la molécule. Ainsi, il existerait un ADN pour un produit phare ayant une identité forte comme un sac-à-main, un vêtement, une paire de chaussures, du parfum, du maquillage, ou du fromage…qui rit… Ce produit serait reconnaissable et identifiable par tous encré dans le quotidien de chaque consommateur ; indémodable et par conséquent non modifiable qui possèderait l’ADN du succès.

En d’autres termes, le Marketing dit : tout ce qui est culte possède un ADN ! Et vous, l’êtes-vous?

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