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Beyond the Speed of Spirit | 09/19/2018

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4 Comments

Francfort : Nouvelle Lotus Exige S, la rupture pour le meilleur ou pour le pire? - Beyond the Speed of Spirit

Francfort : Nouvelle Lotus Exige S, la rupture pour le meilleur ou pour le pire?
Hyperion KEATS

Quelle prolixité soudaine, mais comment faire autrement alors que la presse s’égaie dans les allées du Frankfurt Motor Show à la rencontre de nouveautés multiples et de surprises inattendues ?Je voudrais pour ma part m’arrêter sur le cas de la Lotus Exige S ce jour révélée.

Pour en avoir possédé une et l’avoir phantasmée dans ses déclinaisons S1 et S2 (je vous affranchis, l’Exige est la déclinaison circuit de la Lotus Elise dont elle reprend chassis, moteur et design intérieur. La S1 correspond à la variante Exige de la première génération d’Elise.. et la S2 vous avez compris), l’Exige, c’était un peu le beurre, l’argent du beurre, le cul de la crémière (on ne vas pas tourner autour du pot, on est encore entre nous pour ce que j’en sais) et les palmes académiques dans un contenant illuminé. Elle gardait presque intact la recette de l’Elise elle même héritée du Grand Père Colin ( Light is Right ) et instillait une dose supplémentaire de puissance, s’encapsulait avec goût et s’affichait d’office avec tous les accessoires nécessaires aux aventures sur circuits. Quand je dis qu’elle avait tout, je pense au fait qu’il est rare, non rarissime de voir réunir tous les ingrédients de l’exotisme extrême rassemblés dans une voiture quasi abordable. Son allure de mini batmobile génialement équilibrée, sa puissance sensiblement supérieure et son poids toujours contenu lui assurant (enfin) de ne pas être déposée par la première teutonne venue sur chaque bout droit, en faisait un outil de première classe, consacré par un blason noble entre tous. Bon, je surdose sans doute l’imparfait dans mon récit forcément affectif, esquissant un peu lourdement la proclamation de mon criant désaveu…

Pourquoi ? Cette fameuse nouvelle Exige franchit le pas de la motorisation big foot : un gros V6 avec compresseur pour afficher un 350 sur le rouleau à chevaux : alors heureux ? eh bien pas vraiment, d’abord parce que le poids suit la même trajectoire incontrôlable que nos dettes souveraines : tout le monde est d’accord que l’on prend de l’embonpoint mais on discute de régime en s’engluant les doigts avec du Foie gras Mi-cuit..  Résultat : 1080kgs sur la balance. Bon relativisons, pour une voiture, fut t-elle de sport, c’est encore relativement light, mais c’est ce maudit « spirit » qui ne me plaît pas. Clarifions : ce que je vais exposer ici n’engage que moi et uniquement moi, et surtout pas une espèce de Dogme made in Beyond the Speed of Spirit. Cela posé, et pour revenir à la texture discordante des événements récents : on assiste à quelque chose qui était finalement clairement posé par le dernier salon de Paris. Lotus avait présenté un projet de renouvellement de gamme complet totalement incroyable et dont tout le monde a avoué quelques semaines plus tard qu’il n’y avait pas cru une seconde…  Le chambard autour du départ de firmes aussi prestigieuses que Ferrari d’ingénieurs et de designers d’envergure internationale vers Lotus avait donné la couleur mais le résultat, spectaculaire d’un côté, avait perturbé le landernau en prenant le contrepied du credo de la marque et de la dynamique que l’Elise avait créée (1996). En résumé, inflation généralisée de la puissance, du poids et du prix, et absorption des modèles emblématiques dans cette logique.

Vous avez le plan de route, vous voyez où nous sommes : il est clair que l’on si l’on craignait une application drastique de la nouvelle politique des pontes de Lotus, on est amplement servi. Assez de drame et de grogne, tout ça n’est pas très grave et je ne la trouve pas répugnante cette nouvelle Exige S, notamment avec sa croupe où les contraintes de l’homologation américaine ont malicieusement fait un clin d’œil à la Ford GT. Il est clair que son moteur ne fait pas frémir grand monde, et que l’on aurait aimé quelque chose de plus osé, de plus en accord avec les délires glanées dans des conversations de propriétaires, mais in fine, l’expérience nous permet de tenir pour quasiment acquis que cette nouvelle mouture impressionnera son monde et fera étalage de l’équilibre habituel des filles de Hethel…

Ce que je vous dis là, ça relève davantage de la psychothérapie parvenue au stade où l’on affronte ses blessures, où l’on regarde en face l’affection et la reconnaissance familiale que l’on obtiendra jamais : dans le cas présent, et pour avoir eu deux Elise, une Exige, avoir chéri cette marque comme tant d’autres, j’ai le sentiment que nous, petits porteurs de cette légende magnifiquement ressuscitée,  n’avons jamais été vraiment entendus.

En 1999 déjà, tout le monde s’inventait une Elise impossible mue par un bloc capable de prendre des tours (le Rover de l’époque faisait son possible mais ce n’était pas un foudre), le deux litres de la Honda S2000 alimentait cet imaginaire et les idées certes farfelues n’en étaient pas moins bigrement excitantes. Ce n’est jamais arrivé et Lotus a préféré concentrer son attention sur le groupe propulseur de Toyota qui allait équiper en suivant les versions de base, R et SC des Elise et Exige…  Je vous passe la suite. Au fur que la marque s’est extraite de la grasse bourbe de ses déboires, elle a oublié les fondamentaux de sa reviviscence (je sais, c’est prétentieux ce mot sorti de nulle part, mais en l’occurrence, il est beau comme un camion et bien à sa place..), plus chère, toujours plus chère, plus lourde, toujours plus lourde. Je vous jette en pâture quelques chiffres de ce grand écart : 1996, l’Elise réinvente la légèreté, expérimente des freins à disque en aluminium pour réduire les masses non suspendues, nous gifle avec son châssis qui extrude et colle la même matière et s’offre pour 165 000 frs (24K€) avec 120ch et 670kg.  L’Exige S version millésime Francfort 2011 déboule avec 350ch, 1080kg et 70000€.

Bon, après toutes ces tergiversations, on pourrait croire aisément que je renie cette Exige S, que je suis triste à en pleurer de voir le Lotus Creed credo salie par la cuistrerie de ses nouveaux maîtres… eh bien non, c’est le jeu, la roue tourne, d’autres doivent prendre le flambeau et incarner à leur tour cette autre idée, cette alternative, et tant mieux si Lotus arbore un nouveau visage et ose une nouvelle identité..  Après tout, qui fait aujourd’hui le reproche à Porsche d’avoir oublié les 130 ch et 1080kg ( !!!) d’une 901 ? Conteurs et histoires ne sont peut être pas indissolublement liés, alors forcément oui, ça me fait quelque chose, mais comme quelqu’un l’a écrit, le sentimentalisme est l’échec de l’émotion. Santé et longue vie à l’Exige !

Comments

  1. jules

    Très bel article comme à l’habitude. J’aurais cependant 1 ou 2 commentaires à formuler :
    – « qui fait aujourd’hui le reproche à Porsche d’avoir oublié les 130 ch et 1080kg ( !!!) d’une 901 ? » : je dirais à peu près tous les gens qui sont intéressés par les qualités intrinsèques de la voiture, et pas ceux qui souhaitent seulement avoir le blason Porsche sur le capot d’une familiale au mazout.
    – pour en revenir à l’Exige, on constate que la prise de poids fus quand même plus contenue que son prix. Une question me vient quand même à l’esprit en cette période où l’on prône le downsizing (pour des raisons plus ou moins valable d’environnement, mais ce n’est pas le débat ici) : qui a bien pu avoir l’idée d’implanter un V6 (qui sera donc 1,5 fois plus lourd qu’un 4 cylindres, avec les conséquences que cela a sur la répartition des masses du véhicule), alors qu’il est tout à fait possible aujourd’hui de faire un bon 4 cylindres de 2L ou 2,5L turbo compressé qui pourra largement sortir les 350cv à atteindre ?? Pour des raisons de couple ? Faux, un moteur multisoupapes à compresseur est très « mou » à bas régimes. Pour des raisons de fiabilité ? Peut etre, et encore, un 4 pattes avec un TGV ne serait pas moins fiable.
    Tout ceci étant inclus dans une réflexion plus globale et personnelle, qui me fait dire que l’automobile a atteint son apogée en 2000 et depuis elle décline doucement….

  2. Ta réplique ne laisse pas trop de place au débat, et tu sembles avoir une fois pour toutes dénié à l’industrie un quelconque mérite dans la trajectoire qui a été la sienne durant la décennie écoulée. Je ne suis pas aussi définitif que toi, et je trouve même étrange que tu ne prennes pas la précaution de distinguer entre la quantité conséquente d’errements divers, de lâchetés à n’en plus finir, de l’engeance des marcheurs au pas de l’oie et de l’inverse courage de nombreuses marques qui ont osé plus qu’elles ne l’avaient jamais fait. À preuve, je citerai pêle-mêle la Nissan 350Z (puis la 370) née autour de 2001, et qui représentait une opportunité jamais vue, la mégane RS avec l’écumante R26 R, Ferrari qui bouscule ses habitudes avec une remise à niveau de la Modena bien au delà des espérances (2004) et assène une prodigieuse claque à la concurrence avec la F430, et remet le couvert en 2010 avec la 458, Lamborghini aussi pour laquelle 2000 sonne comme le commencement d’une vraie histoire et la fin d’une dérive opiacée pour malades mentaux (Jeremy Clarkson l’a génialement résumé récemment lors de l’essai de l’Aventador en Clouant le bec à ses comparses), la GT-R (je jure qu’on fera un article complet sur la Genèse de ce monument, fascinante par l’énergie que lui ont consacré ses créateurs et la mission écrasante qui lui a été confiée)… 2000, Jules, c’est aussi la mise sur le marché effective d’une certaine Pagani Zonda, qui n’a pas vraiment démérité depuis lors, 2005 ne donne pas envie de pleurer avecla C6 de Chevrolet qui annonçait la toute proche Z06 (formule à l’ancienne, traitement ultra moderne, le tout à prix très doux), la R8 de Audi qui élargissait l’offre des coupés sportifs à géométrie variable avec faut t-il le rappeler une surprise générale pour les essayeurs découvrant un équilibre et une dynamique que l’on osait pas espérer d’un constructeur connu pour ses réglages sports antinomiques, dans le même temps BMW colle un v10 dans la M5 (mythologique) et un v8 dans la m3, toujours en 2006, un coupé toujours adulé (la 575 Maranello) tire sa révérence et laisse la place à un coupé superlatif suprêmement doué, communicatif et pourtant viscéral, équipé excusez du peu, du v12 de l’Enzo, je veux parler de la Fiorano.. en 2007 la S5 ouvre le bal des Audi « plaisir », c’est à dire capable enfin d’allier tenue de route et bonheur de pilotage.. Qu’on l’aime ou pas, je rappelle qu’une certaine franco-Allemande sur laquelle tout le monde avait jeté des pierre en raillant son outrecuidance a tout de même mis KO la barre des 400km/h à peu près au même moment.. j’aurais pu faire plus court mais beaucoup plus long également. Non, vraiment non, il n’est pas encore l’heure de dire « c’était mieux avant »

  3. jules

    Je vais faire beaucoup plus court pour ma réponse 😉

    Dans les exemples que tu cites, je distingue à vue de nez 80% de moteur atmosphérique (miam miam le V8 de la Z06, ou le V10 de la M5), ce qui ne conforte pas le choix de Lotus pour implanter un compresseur.
    En faisant mes commentaires, je garde à l’esprit le célèbre « Light is right » qui fut le crédo de la conception de l’Elise, et ce concept me semble très loin en voyant la nouvelle mouture (fort intéressante au demeurant, et je me délecte d’avance du CR que Beyond the Speed of Spirit nous fera partager).
    La Super 7 sera t elle la dernière à porter haut les couleurs de M. Chapman ?

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